L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) est une approche de la psychothérapie, de la relation d’aide et plus largement des relations humaines, issue de la pratique clinique et de la recherche scientifique du psychologue, psychothérapeute et enseignant-chercheur nord-américain Carl Rogers.
Élaborée entre 1940 et 1964, l’ACP repose sur un travail de recherche rigoureux mené à partir de centaines d’entretiens thérapeutiques enregistrés et analysés. Avec son équipe, Carl Rogers démontre l’efficacité de la psychothérapie centrée sur la personne pour accompagner un processus de changement profond et durable.
En 1956, l’American Psychological Association lui décerne sa plus haute distinction pour contribution scientifique, reconnaissant la portée de sa recherche, de sa théorie et de sa méthode psychothérapeutique. Aujourd’hui encore, les recherches se poursuivent dans le monde entier, notamment dans le courant person-centered and experiential therapies (cf. Psychothérapie centrée sur la personne et expérientielle – Fondements et développements contemporains, Éditions De Boeck, 2021).
Selon Wikipédia, l’Approche Centrée sur la Personne constitue l’un des fondements majeurs de la psychologie humaniste. Elle postule que chaque individu possède en lui des ressources intrinsèques pour comprendre ses difficultés, se développer et évoluer, à condition que certaines conditions relationnelles soient réunies.
L’ACP est à la fois une philosophie, un art de la relation et une manière d’être. Elle s’appuie sur un équilibre subtil entre sensibilité clinique et rigueur scientifique, et sur une confiance fondamentale dans la tendance actualisante, c’est-à-dire la capacité naturelle de tout être humain à se réaliser en tant que personne.
« La nature fondamentale de l’homme est une chose qu’il ne faut pas craindre mais libérer en la laissant s’exprimer de façon responsable. »
— Carl Rogers
Au début de sa carrière, Carl Rogers est convaincu que seul l’environnement, et plus précisément l’expertise du professionnel, détermine la possibilité d’évolution d’une personne. Le thérapeute est alors perçu comme celui qui sait, conseille et guide.
Son expérience clinique l’amène progressivement à une découverte fondamentale : lorsqu’il adopte cette posture directive, il ne tient pas compte de la dynamique psychique essentielle de ses clients, à savoir leur capacité innée à s’orienter vers leur propre développement.
« C’est le client lui-même qui sait ce dont il souffre, dans quelle direction il faut chercher, ce que sont les problèmes cruciaux et les expériences qui ont été profondément refoulées. »
— Carl Rogers
Cette découverte marque un tournant majeur dans l’histoire de la psychothérapie humaniste. Le pouvoir de changement ne réside plus dans l’expertise du thérapeute, mais dans la personne elle-même, dès lors qu’elle est accueillie dans un cadre relationnel sécurisant et respectueux.
Lorsque des conditions relationnelles favorables au développement des capacités de croissance innées (la tendance actualisante) sont réunies, la personne peut s’appuyer sur son flux expérientiel et son processus organismique d’évaluation.
Le centre d’évaluation de ses besoins s’internalise, le concept de soi devient plus cohérent avec ce que la personne est véritablement, et elle peut éprouver un sentiment accru de sécurité intérieure, d’estime de soi et d’acceptation de soi. Elle est alors en capacité d’assumer sa vie, de faire confiance à ses ressources internes, d’exercer son pouvoir personnel et de réaliser son potentiel.
À l’inverse, lorsque la personne a grandi dans un contexte de valorisation conditionnelle, elle apprend à se référer principalement à une autorité extérieure. Son centre d’évaluation devient externe et dépend de critères intégrés au concept de soi, souvent au détriment de son expérience vécue.
Il peut alors s’installer un cercle autodestructeur :
« Recherche du regard positif de l’autre – centre d’évaluation externalisé – perte de contact avec le processus d’évaluation organismique – angoisses – perte d’estime de soi – non-acceptation de soi – moins d’approbation d’autrui – concept de soi affaibli. »
— Dave Mearns & Brian Thorne, La pratique de la thérapie et de la relation d’aide dans l’Approche centrée sur la personne, p.119
La psychothérapie centrée sur la personne s’inscrit dans une relation thérapeutique structurée autour de trois conditions relationnelles fondamentales, appelées attitudes de base, et sur une confiance profonde dans la capacité de la personne accompagnée à s’auto actualiser.
Le processus thérapeutique se manifeste notamment lorsque la personne porte attention à son flux expérientiel. Ces moments sont considérés comme des signes d’un mouvement vers la réalisation de son potentiel.
Progressivement :
« Le centre d’évaluation du client s’internalise, son concept de soi tient compte de cette nouvelle expérience et se transforme. Le client en vient à s’accepter, à se faire confiance et à prendre des décisions en fonction de ses besoins. Il s’accorde à lui-même les trois conditions relationnelles, fonctionne plus pleinement et peut réaliser son potentiel. »
— Dave Mearns & Brian Thorne, La pratique de la thérapie et de la relation d’aide dans l’Approche centrée sur la personne, p.120